Happinez France Slow Design au Mali

Slow design au Mali, AAAA featured in Happinez.
Interview with Birgitta de Vos.
Text: Dorien Vrieling. Photography: Birgitta de Vos.

La Renaissance du Textile Malien : La Naissance des Totems Textiles AAAA

Les textiles maliens portent une tradition riche – des tissus en coton tissés à la main, peints avec de la boue fermentée dans des tons terreux. Les motifs, souvent simples, sont pourtant profondément symboliques. Lorsque Birgitta de Vos s’est rendue au Mali pour la première fois il y a 15 ans, elle a été surprise de constater que les Bogolans authentiques devenaient rares. À leur place, des tissus aux couleurs vives et aux motifs complexes dominaient le marché, répondant à la demande touristique. Bien qu’elle comprenne que les artisans dépendent de cette activité pour vivre, elle ressent une perte : les techniques ancestrales et les récits culturels liés aux textiles traditionnels disparaissent.

Un Pays en Transition

Récemment, Birgitta est retournée au Mali et a constaté à quel point la situation avait changé. En 2005, elle pouvait voyager librement, mais aujourd’hui, en raison de l’instabilité et des attaques terroristes fréquentes, se déplacer en toute sécurité est devenu bien plus difficile. Le tourisme a pratiquement disparu, laissant de nombreux artisans sans marché. C’est dans ce contexte qu’elle a été sollicitée par la prévisionniste de tendances Lidewij Edelkoort, elle-même approchée par l’Organisation mondiale du commerce, afin d’aider les artisans à développer des moyens de subsistance durables et ainsi réduire la migration forcée.

De la Tradition à de Nouvelles Formes

Birgitta a entamé un dialogue avec les artisans locaux pour explorer leurs compétences et comment elles pourraient être ravivées de manière pertinente. À travers ces échanges, elle a découvert la signification profonde des motifs traditionnels. Il y a des siècles, les chasseurs portaient des tissus Bogolan pour se protéger, croyant que les symboles les protégeaient des esprits malveillants.

Les artisans lui ont montré de fines bandes de coton tissées à la main, et elle a immédiatement perçu leur potentiel. C’est ainsi qu’est née l’idée des Totems Textiles AAAA. Pour elle, le tissu était déjà parfait – il n’avait besoin de rien d’autre, juste d’une simple tige en bois pour être suspendu. Au départ, les artisans étaient perplexes face à cette approche minimaliste, mais avec le temps, ils en ont saisi la beauté et la pureté.

Un Retour aux Racines

Les Totems Textiles AAAA ont relancé les techniques traditionnelles. Les artisans ont abandonné les teintures chimiques au profit de pigments naturels, et les maîtres tisserands ont transmis leur savoir-faire aux jeunes générations. Plus tard, la collection s’est enrichie de coussins ornés de motifs Bogolan.

C’est du slow design, explique Birgitta. Tout est fait à la main – de la récolte du coton au filage, au tissage et à la teinture. Rien ne doit être précipité.

Un Avenir Durable

Bien que la pandémie ait ralenti les activités d’AAAA, la production et les ventes se sont poursuivies. L’atelier Atelier Sukha, basé à Amsterdam, soutient le projet en apportant une formation sur la logistique et l’expédition. Pour l’instant, les produits sont vendus depuis les Pays-Bas, mais l’objectif à long terme est que les artisans maliens gèrent l’ensemble du processus de manière autonome.

Ce n’est pas un projet éphémère, affirme Birgitta. AAAA appartient aux artisans. Nous les accompagnons jusqu’à ce qu’ils soient totalement indépendants. En seulement deux ans, elle a constaté les effets positifs : des familles retrouvent une stabilité, des enfants vont à l’école, et les artisans reprennent en main leur savoir-faire.

À l’avenir, Birgitta imagine un monde où les voyageurs viendront dans les villages maliens pour découvrir le Bogolan en immersion. Je vois déjà des gens les pieds dans la boue, apprenant à teindre les tissus selon la méthode ancestrale, dit-elle avec une lueur d’enthousiasme dans les yeux.

Cette vision illustre sa philosophie plus large : revenir à l’essentiel. Plus une chose est simple, plus elle porte d’âme, dit-elle. Les gens ressentent la force de ces textiles, même s’ils ne savent pas l’expliquer. Je crois que c’est parce qu’ils sont faits avec amour, à la main, en harmonie avec la nature et la tradition.

Previous
Previous

BLLNR The Impact Issue 34

Next
Next

Seasons In the colours of Mother Earth